On dormira quand on sera mort

Le temps d’une nuit la mémoire d’une ville se réveille et mélange les vivants et les morts. Ils sont tous reliés par des rêves qu’ils font ou n’ont plus, et par la disparition d’un squat, le Burning Dream. L’homme sans nuit a perdu le sommeil, Rico et Karim cherchent la fête, Alice guette son amour, Izia traque ses souvenirs, la mère veille le père, Jimi se laisse porter. Il y a ceux qui avancent en surface, qui ignoreront toujours le passé et ceux hantés qui attendent des signes, une délivrance, une aube claire et douce.

Publication Quartett – préface de Joëlle Gayot

(extrait 1)

L’HOMME SANS NUIT
Nuit
Galaxie noire
Soleil aux yeux crevés
Avant de dormir quand tu es allongé il y a toujours un abîme
Est-ce que tu le connais ?
Quand tu fermes les yeux et ne trouves pas le sommeil
Ce silence noir, sans bord
Est-ce que tu le connais ?
Je suis dans ce silence
Ne dors plus, ne rêve plus
Sans nuit, sans flamme

(extrait 2)

ALICE – Comment t’as passé le porche, j’ai rien entendu ?
IZIA – Je suis tombée.
ALICE – Tombée ?
IZIA – Galère.
ALICE – Je vois ça.
IZIA – La nuit glisse ce soir. On sait jamais quand ça arrive, mais parfois la nuit glisse. Savon noir. Goudron humide. Temps qui coule. On aimerait qu’il se passe quelque chose. Quoi ? On hésite. Dormir bien sûr, mais on n’y arrive pas, c’est fini. On cherche autre chose. On voit trouble. On se casse la gueule.
ALICE – Qu’est-ce que tu délires ? (Silence.) T’attends aussi Jimi ?
IZIA – Jimi ?… Non. Pas lui.
ALICE – Je passais par hasard. Ça fait deux heures. Pire que je pensais. Si ça se trouve il est chez lui, il veut pas me voir, il attend que je m’en aille.
IZIA – Pourquoi il voudrait que tu t’en ailles ?
ALICE – Chais pas… parce que j’ai la gueule d’un zéro.
IZIA – Tu attends souvent comme ça la nuit ?
ALICE – Il faut que je le voie.
IZIA – Si c’est urgent.
ALICE – Depuis que je l’ai rencontré, j’ai une sirène bleue sur la tête, tu vois.
IZIA – Non.

Diffusion France Culture dans une autre version – initiée par les Chantiers Nomades

(extrait)

La nuit glisse trop ce soir. Je ne reconnais pas la route. Les lumières sont sales, le jaune fuit, le bleu coule. Idées noires et trottoir fuyant. Tâches dans les yeux. Cernes dans le sang. On dirait qu’on recule. Tu le sais que les morts reviennent. Le temps des morts, suspendu aux lèvres glacées et murmurantes… la liberté ou le gouffre. Tu le sais et tu n’arrives à dormir. Combien de temps nous reste t’il ? Izia. Si on me demande je m’appelle Izia. J’habite de l’autre côté de la lumière.

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Réalisation : Laure Egoroff avec Léo Reynaud, Yoann Piquet, Julie Fonroget, Anne-Sophie Picard, Myriam Ajar, Blanche Cluzet, Priscille Cuche, Marjorie de Larquier, Eric Forterre, Leila Lemaire, Nathanaël Frérot, Xavier-Valery Gauthier, Capucine Lespinas, David Migeot, Agnès Proust

 

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