A cran

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Ecrit dans le cadre du programme régional de Résidence d’Ecrivains en Ile de France au Foyer des Jeunes Travailleurs de la Mie de Pain et du projet « Partir en écriture » commande du Théâtre de la Tête Noire, scène conventionnée pour les écritures contemporaines à Saran.

Retenu par le Bureau des lecteurs de la Comédie Française
Mis en lecture par Elisabeth Macocco à Rouen

Atelier d’écriture de la résidence : http://remue.net/spip.php?rubrique405
C’est quoi un écrivain ?

 

(extrait 1)

GRIS – Tes cheveux en bataille, tes vêtements dépareillés, ton parfum de liane et tout ce que tu trimballes dans tes yeux, je ne peux déjà plus m’en passer. Tu vis dans un appartement partagé avec des zombies cramés. Ta chambre est un joyeux bordel d’objets bizarres, de machines empilées, de câbles, de pots de yaourts vides. J’aime te prendre debout derrière ta porte. J’en crève de toi. J’ai le cœur en rut. Je voudrais être la couture de tes jeans, rester au plus près, au plus fort sans m’arrêter. Pas l’impression que tu t’en rendes compte.
LEUV – J’arrive pas à dormir, j’arrive pas à manger, j’arrive pas à lui dire que je, que c’est, que me bouleverse, que me torpille, que me, tellement dans ma peau il s’incruste. Je rêve. Vais devenir folle. Abrutie. Effarée. Au secours. Vite qu’il revienne. Ce dragon qui sait la composition des sols et de l’atmosphère, qui marche pieds nus, les yeux grands ouverts, les mains agiles. Oui, à tout ce qu’il propose. On ne va jamais chez lui.
GRIS – Tes yeux écarquillés. Tes pétales retroussés.
LEUV – Rien à me mettre, ni sur les yeux, ni sur les épaules. Rien pour faire joli, rien pour lui plaire plus…
GRIS – « J’ai trouvé une voiture, je passe te prendre dans une heure. En haut des montagnes avant la nuit, tu veux ou tu veux pas ? » (Leuv rit.) J’aime quand tu ris sur la route qui fonce pour rattraper le soleil et quand tu te déshabilles, arrivée au sommet, au pied des étoiles claires.
LEUV – Ciel à perte de vue, pupilles dilatées, souffle coupé. On dort et on mange sous une vieille mansarde.
GRIS – Du vin, du fromage, des confidences.
LEUV – Du pain, croûte épaisse, cœur tendre.
GRIS – Des doigts serrés.
LEUV – Ne plus se lâcher.
GRIS – Braise ouverte.
LEUV – Les crocs de toi.
GRIS – Flamme de rêve.
LEUV – Homme de feu.
GRIS – Complices.
LEUV – Comme des voleurs.
GRIS – Retour sans trafic. J’aurais préféré des kilomètres d’embouteillages.
LEUV – Se dire au revoir à la portière. Le carrefour est en travaux. (Temps.) Qu’est-ce qu’on va devenir ? 
GRIS – Qu’est-ce que je vais faire de toi ?

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(extrait 2)

 
Gladys qu’est-ce qui va pas ? Gladys dis-moi ?
On dirait que je suis de la police
T’as peur que je te salisse ? C’est quoi ?
Une tactique, un test, un exercice ?

Je voulais te voir hier après le mix
Je t’ai dit, j’ai des trucs qui me tracassent
Et toi tu fuis, détournes tes Adidas

Gladys, ma lady, mon glaçon, ma first classe
Tu as glissé mon cœur dans un calice
Et tous mes rêves sous ta tignasse
Maintenant comme un con je dévisse

Gladys qu’est-ce qui va pas ? Gladys dis-moi ?
Tu n’as jamais eu peur que je t’embrasse
Ni que je vienne dans tes coulisses. C’est quoi ?
Une idée fixe, un défi, une menace ?

Tu n’es pas comme les autres, factice
Tu n’as pas besoin de craques, de strass
Pour rimer avec feu d’artifice

Ma lady, mon dépit, ma glace au cassis
Pourquoi tu fais la fière et volte face ?
Sans toi déjà j’ai les rêves qui pâlissent
Et les pensées moins perspicaces

Gladys
Reviens-moi, allez
Je compte jusqu’à dix